Le Dupont du kiné

Il avait sauvé la vie du demi de mêlée du club local alors qu’il était ko, étendu sur la pelouse et qu’on craignait qu’il avalât sa langue.
Le kiné avait oublié sa gouttière et il m’arrache mon stylo des mains au moment de rentrer sur le terrain et porter secours au malheureux qui venait de se prendre le compact quintal du 8 adverse dans le buffet.

Il se passa de longues minutes avant qu’il ne reprenne connaissance et sorte sur la civière poussiéreuse.

Le troisième ligne centre se tenait à l’écart, les yeux rivés au sol, le dos voûté de candide culpabilité, de robuste impuissance.

Je restai le carnet à la main mais, le match arrêté, je n’avais pas grand-chose à ajouter à l’article que j’étais venu écrire comme correspondant local du quotidien régional : le club jouait sa montée en division supérieure et on en parlerait dans les bars PMU de la ville.

Le kiné vint me rendre mon stylo, l’air peiné. Le corps et le capuchon étaient marqués à différents endroits par le Denys du malheureux. La laque avait cédé mais le squelette métallique du stylo avait résisté et tenu le coup. Quelques jours plus tard, le trésorier du club m’offrit un stylo Mont-blanc en me recommandant toutefois de ne pas le prendre avec moi sur le bord du terrain.

« Vous comprenez, il est en plastIque! »

En ouvrant l’écrin, je souris intérieurement tout en le remerciant maladroitement. Il y avait peu de chances qu’on me vit avec : c’était un stylo bille.

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