L’envol du Falcon, le flacon de l’ivresse

J’avais ralenti le flux, ne réfléchissais pas plus pour écrire mais je ressentais l’envie, la nécessité  de rendre lisibles les mots que je confiais au papier. Je luttais ainsi contre cet excès de vitesse, ce zèle à coucher les mots…

Mal écrits, à peine lisibles, les mots serviraient-ils convenablement ma pensée, mes sentiments?

Les lèvres pincées, les doigts gourds d’application, je tiens le coup, bien en ligne, rattrapant tout laisser-aller.

Je suis bien aidé par la plume fine (une SF en fait) de mon Pilot Falcon, avec un profil particulier qui me guide, me contraint à prendre le temps de former les lettres, à réfléchir à ce que j’écris? Ce sera la prochaine étape…

Parmi mes stylos-plumes, il y a les sérieux et les clowns. Si le Pilot Falcon appartient à la première catégorie, le Dolly que j’affectionne appartient à la seconde catégorie. Il me permet de laisser filer le trait, de dérouiller le poignet mais il se prête mal à l’écriture au kilomètre, pour la largeur de son trait, la flexibilité de sa plume des années 40. Au delà des petits dessins rapportés ici et , c’est le crissement de la plume et la variation de son trait qui me le font sortir de sa marmotte pour quelques instants de distraction.

Mais, à bien y penser, à ce petit jeu de l’usage, ce sont trois catégories que j’identifie : les penseurs, les joueurs et les baroudeurs. Cette troisième catégorie est la plus représentée au sein de ma collection, celle par qui tout a commencé, ces plumes fines, plutôt rigides, taillées pour la prise de notes, parfois handicapées par un embonpoint certain. Tel le ST Dupont Olympio plaqué argent à la plume fine douce, fidèle. Mon Pilot Décimo est le vaisseau-amiral de cette escouade. Toujours prêt, à portée de clic, sa plume très fine, à la fois douce et rigide, autorisant une vitesse d’écriture de tous les excès. L’encre afflue toujours, la plume glisse, fluide.

Il est le compagnon fidèle des voyages en train, des mots vite griffonnés, des références attrapées au vol, des impératifs à ne pas oublier. Son mécanisme ingénieux est d’une redoutable efficacité pour servir sans délai ni faillir. Bien sûr, outre les secousses provoquées par l’absence d’un support stable, l’urgence de l’écriture condamne la lisibilité et il n’est pas rare que j’ai du mal à me relire !

L’écriture, science des imbéciles? J’y ai longtemps cru, laissant couler mes réflexions dans le torrent de mots. J’y ai perdu quelques idées impossibles à déchiffrer a posteriori. Le clavier m’a donné de la lisibilité mais rogne ma verve. Les plumes lui redonnent des ailes et, bien doté, je peux aujourd’hui allier visions et visibilité d’un seul trait.

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2 commentaires

  1. C’est touchant que tu aies baptisé ce petit stylo allemand « le Dolly » … nous chinions ensemble (porte de Vanves) lorsqu’Olivier l’a trouvé. Je ne savais pas que c’était toi qui lui avait racheté.

    1. Mon premier vintage. Je l’avais acheté pour le décor de la celluloïd, et j’ai été subjugué par le doux bruit de la plume sur le papier. C’est le seul comtact que j’ai eu avec Olivier.

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