Joyeux anniversaire

Toujours en instance, sur le départ, en mouvement, je déteste les cadeaux qui m’ancrent à un quelconque intérieur ! Ce n’est pas qu’une posture et elle en fait les frais.
Au dessert du repas de mon anniversaire, le premier que nous passons ensemble, elle amène un grand paquet plat, emballé à grands renforts de papier kraft et renforcé par du rouleau adhésif de déménageurs. Je sens le papier-bulles à travers le kraft, faisant éclater quelles bulles tant je serre le paquet pour ne pas le faire échapper de mes mains. Il y a peut-être aussi un peu d’agacement dans cet excès de pression.
Le tableau, il n’est guère permis de douter de la nature du cadeau, mesure à peu près un mètre sur quatre-vingts centimètres. Où est-elle allée chercher ce présent? Sur Internet pour la provenance mais d’où a pu surgir l’idée?
Je suis sur le point de déménager, mon futur logement, peu vaste, très ouvert, ne brille pas par la superficie disponible de ses murs.
Il me faut bien l’ouvrir maintenant, pressé également par Laurence qui, plus simplement mais aussi de manière plus opportune m’a offert une tabatière et de quoi recharger quelques fois le fourneau de ma pipe. Du consommable mais qui va me faire penser à elle et Pascal à chaque fois que je bourrerai ma pipe.
Ils sont autour de moi, guettant le moment de l’ouverture, avides de découvrir le tableau, d’apprécier ma réaction. Je regarde Elisa du coin de l’oeil, tentant de percer son intention, de deviner ce qui l’a motivée.
Débarrassée du kraft, la toile parait plus grande encore, le papier bulle a marqué la toile de ronds de poussière. Elle a dû trainer quelques temps dans un grenier ou une cave. Je retire le dernier scotch, la toile tournée vers l’assistance et suis le dernier à voir le sujet : un portrait de clown tiré au couteau. Laurence pâlit un peu ; elle fait partie de ces gens qui craignent les portraits de clown. J’aime bien les clowns, en possède trois, glanés ici et là.
Mais, mon désappointement doit se lire sur mon visage : je suis assez transparent. Chacun, même Laurence, prend le tableau à tour de rôle, y va de son petit commentaire. Je reste muet. Je suis stupéfait par ses dimensions, sans mesure aucune avec mon intérieur. C’est comme si on me prêtait un gros camping-car pour circuler dans Paris. Cela me fait penser à un camarade de classe qui ferait un gros dessin vulgaire au stylo-bille sur le classeur acquis de haute lutte lors des courses de rentrée scolaire car deux fois plus cher que le modèle sans marque.
Mais je m’aperçois que, sous la crasse, la toile est abimée, presque percée, cela va peut-être me sauver la mise. Je souffle dessus, fais mine de frotter, fais bouger le tableau à la lumière. Enfin, on s’aperçoit qu’il y a un problème. Chacun y va de sa petite explication, de sa solution-miracle,… je peux enfin poser le tableau et me pencher plus attentivement sur la tabatière, le regard noir d’Elisa planté dans mon dos… On ne va pas rester ensemble très longtemps encore…

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